GARE AUX SAINTS DE GLACE!


Qu’on se le dise, le phénomène des fameux saints de glace, qui sévit entre avril et mai, est vérifié scientifiquement. La tradition devrait cependant être avancée d’une semaine à dix jours, réchauffement climatique oblige…

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Le gel tardif au printemps, incarné par les saints de glace, est désastreux pour les plantes en germination et les arbres fruitiers en fleurs

L’arrivée des beaux jours coïncide souvent avec une furieuse envie de manier pelle à jardin et sarcloir. Histoire de semer des haricots ou de fleurir les fenêtres avec des géraniums. Que nenni, malheureux téméraires! Les vieux briscards du jardinage hochent la tête: tant que les saints de glace ne sont pas passés, inutile de se précipiter. C’est que le joli mois de mai peut se révéler traître en gelées nocturnes.
Les saints de glace sont encore vivaces dans la mémoire collective, surtout à travers les dictons. Mais

si tout un chacun en a entendu parler au détour d’une conversation au bistrot ou au boulot, au final, qu’en sait-on?

Basé sur une vieille croyance reposant sur des observations dans les champs et les vignes, il est tous les ans une question qui revient et fait référence aux Saints de Glace et aux variations climatiques de cette période.

L’origine des saints de glace remonte bien avant le christianisme.

Qui n’en a pas fait l’amère expérience ! Pour gagner quelques jours sur le calendrier, on a planté des tomates aux premières chaleurs de mai : une semaine plus tard, la gelée matinale a recroquevillé les fragiles plants tout juste sortis des serres.

Vous n’avez donc pas, comme nos pères fait quelques rogations* à Saint- Mamert (11 mai), Saint-Pancrace (le 12) et Saint- Servais (le 13 mai, souvent confondu avec Saint-Gervais), saints « au sang de navet » ! Et qui s’illustrent par un fréquent retour des gelées. On leur adjoint parfois Saint-Boniface, le 14 mai.

* Rogations : cérémonies qui se déroulent pendant les trois jours précédant l’Ascension et qui ont pour but d’attirer les bénédictions divines sur les récoltes et les travaux des champs (définition du Grand Robert).

Gel tardif et nocturne


L’Eglise a repris la coutume en imposant des intercesseurs, les saints. Ironiquement, ils étaient censés protéger les cultures durant ces jours critiques. Mais vu l’inefficacité de leur patronage, ils sont peu à peu devenus responsables des gelées, qu’ils incarnent dorénavant. Des saints que l’on craint, c’est assez rare…

D’abord faut-il savoir qu’il s’agit du 11, 12 et 13 mai, dates de mauvaise réputation pour toutes les « mains vertes » qui ne jardinent jamais avant le passage de ces journées annonciatrices d’un retour tardif des gelées, capables de réduire à zéro le travail des téméraires qui auraient osé planter avant cette échéance.
Saints Mamert, Pancrace et Servais, les saints de glace les plus connus, sévissent les 11, 12 et 13 mai. Sous nos latitudes, il faut cependant se méfier du 23 avril (Saint- Georges) au 25 mai, présidé par saint Urbain.
«Les saints de glace correspondent donc aux périodes printanières sujettes à une descente des températures en dessous de zéro, en fin de nuit, éclaire une climatologue. Comme la végétation a souvent déjà démarré, les cultures et les arbres fruitiers en fleurs sont sensibles au gel.» Météorologiquement parlant, cela se produit lorsqu’une masse d’air froid provenant du nord s’associe à une nuit dégagée.

Ne cherchez pas sur les calendriers la trilogie de ces Saints que sont Saint-Mamert, Saint-Pancrace et Saint-Servais qui ont été remplacés par Sainte-Estelle, Saint-Achille, Ste-Rolande et St-Mathias.

Cette substitution fut terminée lors du dernier concile de l’Eglise catholique en 1960 qui « nettoya » le calendrier de tous les personnages donnant lieu à des pratiques rituelles peu conforme avec la liturgie et considérées comme entachées de fond païen. Et c’est ainsi que nos « braves Saints de Glace » furent rayés au même titre que les guérisseurs, retrouveurs d’objets perdus ou encore traitant de la météorologie… Bien sûr ils étaient tous les ans implorés par les agriculteurs et les viticulteurs, qui à cette occasion retrouvaient et récitaient au cours de processions avec Monsieur le curé en tête, de pieuses prières qui n’étaient pas forcément dénuées d’arrière-pensées intéressées.

Et pourtant si nous en recherchons les origines lointaines, très lointaines même, des gens d’alors avaient constaté qu’une brutale chute de la température nocturne ou plutôt matinale arrivait tous les ans aux alentours de ces trois journées. Cet élément climatologique qu’est le gel, particulièrement désastreux pour les plantations qui pourraient se trouver alors en début de germination, les incitait à laisser passer l’événement avant d’entreprendre les grands travaux de printemps, et pour les jardiniers et maraîcher planter, repiquer, semer, mettre en terre en toute quiétude.

Aujourd’hui encore ils ne négligent pas ce vieux dicton et même la Météorologie pourtant peu soucieuse des proverbes,

ne nie pas qu’il existe une période très froide qui peut survenir jusqu’en fin mai.

EXPLICATION


Avant la réforme de 1582, les dates du calendrier (calendrier grégorien),étaient données dans le CALENDRIER JULIEN, qui méconnaît les caractéristiques orbitales précises de la terre. Ainsi la fête d’un SAINT correspond, en 1582, à une date de 1o jours inférieures à celle de la réforme de 1582 (où le 5 octobre est devenu le même jour, le 15). Il y avait donc à cette époque 10 jours en trop dans l’ancien calendrier. La réforme consiste à enlever trois jours tous les quatre siècles, soit supprimer une année bissextile en 1700, 1800,1900 mais pas en 1600 ni 2000, années « SECULAIRES » correspondant à un nombre de siècles divisible par quatre, et de nouveau en 2100, 2200, etc… Or, cette légende remontant probablement au début du deuxième millénaire, voire la fin du premier, il faut compter quelques jours en moins pour que le 10, 11 et 12 mai soient comptés comme aux environs de l’an 1000. De plus, cette mini vague de froid annuelle semble se produire un mois à l’avance par rapport au milieu du siècle précédent, et certaines régions du globe ne la connaissent pas.
Nos grands-parents nous le disaient : ne rien planter de fragile avant « Les Saints de glace », que par confusion phonétique on appelle encore souvent « Les Saintes glaces » :

« Le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace ! »

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