LES ROGATIONS.


Sans passé, pas de présent, sans présent, pas d’avenir. Nous pouvons savoir d’où nous venons par l’examen de nos traditions même si nous ne sommes pas nombreux à les connaître, il est intéressant de les partager avant qu’elles ne disparaissent. Je vous invite par ce biais à partager des pratiques traditionnelles de vos pays….

Le Chemin du Dragon

« Après la bénédiction du pain et du sel dans la sacristie, chaque pèlerin vénère par un baiser, les reliques du saint thérapeute des bestiaux, contenues dans un bras d’argent. Ce reliquaire était autrefois promené sur le terroir d’Estaing lors de la procession des Rogations. »

Jean-François Hirsch (in. L’Univers du Vivant, n°4, octobre 1985)

   

Les Rogations sont cette fête chrétienne qui se déroule pendant les trois jours précédant le jeudi de l’Ascension. Instituée, semble-t-il, en 470 par saint Mamert de Vienne en Dauphiné, pour lutter contre tremblements de terre, feu du ciel et invasions de démons. Jacques de Voragine, dans sa Légende dorée, écrit qu’ « on l’appelle encore « procession », parce que l’Eglise fait généralement la procession. Or, on y porte la croix, on sonne les cloches, on porte la bannière ; en quelques églises, on porte un dragon avec une queue énorme et on implore spécialement le patronage de tous les saints.» Les cloches servent à éloigner les démons et les tempêtes : pour Philippe Walter, c’est une fête agraire où, par « des rites ambulatoires, il s’agit de protéger les récoltes en pleine croissance non seulement à un moment critique de l’année où les risques de gelée n’ont pas encore disparu mais également à une période où la sécheresse peut être dramatique.

C’est la saison très redoutée de la lune rousse dont on souligne encore les méfaits dans certains terroirs. Le roux et la rouille sont d’ailleurs l’aspect dominant de toute la période des Rogations ; ils sont au cœur de ce mythe saisonnier. On notera cependant les silences ou les faiblesses de l’explication liturgique sur certains détails de la fête (les dragons processionnels ou la triade festive par exemple). » (Mythologie chrétienne, Imago, 2005, p.136)

 

Cette fête n’a pas échappé au regard acéré de Guy-René Doumayrou, qui mentionne lui aussi les Dragons des Rogations survivant encore en plusieurs cités du Languedoc. Mieux, il montre l’existence d’un Axe des Rogations, qu’il rapproche de la visée du premier mai :

   

« On a été tenté de l’appeler « axe du premier mai », parce qu’il vise le lever héliaque aux alentours de cette date. Toutefois, comme on le trouve souvent balisé en ligne droite sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres, on ne peut l’associer à une position trop précise du soleil dans sa divagation saisonnière. On peut en revanche, sans craindre d’errer, le mettre en rapport direct avec le temps des Rogations puisque, tout aussi bien, l’ethnologie a déjà revalorisé ce vocable d’origine chrétienne pour désigner le groupe fabuleux, beaucoup plus archaïque, des dragons processionnels que l’on sortait pour célébrer ce « rite » destiné à faire descendre les dons du ciel sur la terre0 Axe des Rogations donc, cet orient, dont le trait part du soleil levant au début mai pour s’éteindre avec le soleil couchant du début novembre, sera plus justement encore appelé le Chemin du Dragon. » (Evocations de l’Esprit des Lieux, p. 110)

 Un peu plus loin, Doumayrou affirme que « le pays de Mélusine, serpente médiévale, ne pouvait manquer d’avoir le sien, le traversant de Poitiers à La Rochelle en passant par Niort, selon un azimut qui est, cette fois, effectivement celui du premier mai. Mais il est issu de Vézelay où rayonna, quelque temps, un des centres les plus importants de la Chrétienté, en l’honneur de Marie-Madeleine. La pleureuse aux longs cheveux n’était pas un dragon, sans doute, mais c’était une « moins que rien », déchue comme Lucifer, pourtant si fort illuminée par l’amour de l’homme divin qu’elle s’éleva à une dignité qui l’égalait presque à la vierge mère. » Et Doumayrou achève ce paragraphe crucial par ce passage que j’ai déjà cité en exergue d’une note passée, sans savoir que j’allais le retrouver encore plus pertinent dans son rapport au territoire que nous arpentons :

 "L’axe Vézelay – La Rochelle, qui frôle Bourges, dont la cathédrale est dédiée à saint Etienne le lapidé, l’homme dissous par la pierre brute, et traverse les marécages de la Brenne, gouffre ombilical des Gaules, pour aboutir à ce port dont le nom, La Roche-Hélios, la Pierre-Soleil, annonce la métamorphose, au bout du pays qu’illustrèrent les miracles de la Mère Lucine, est le chemin d’étoiles de la Femme Perdue, dragon humanisé."(Guy-René Doumayrou, Evocations de l’Esprit des Lieux, p. 112)

   

L’axe  des Rogations est indiqué sur cette carte, filant vers Prague.

QU’EST ce que les Rogations ?
Rogations, du latin " rogatio ", veut dire une prière de demande. " Les Rogations " sont une prière de demande liturgique, accomplie par la Communauté Chrétienne à une époque de l’année fixée au printemps, les trois jours avant l’Ascension jusqu’à récemment. Depuis 1969 les conférences épiscopales peuvent les fixer à une autre époque de l’année. Elles ont pour objet de demander à Dieu un climat favorable, une protection contre les calamités et peuvent être accompagnées d’une bénédiction de la terre, des champs et des instruments de travail. On peut aussi les faire dans des circonstances diverses, comme par exemple aujourd’hui la fièvre aphteuse, la maladie de la vache folle, les inondations, etc…

Saint Mamert va voir le pape et institue les

Rogations

 2° histoire des Rogations
Les Rogations avaient été instituées vers 474 par Saint Mamert (encore connu dans le dicton météorologique parmi les " Saints de Glace ", avec les Saints Pancrace et Servais dont la fête tombe les 11, 12 et 13 mai ; c’est à cette époque en effet que peuvent survenir les dernières gelées, les plus dangereuses pour la végétation).
A l’époque il y avait des calamités de tout ordre, non seulement agricoles, mais aussi tremblements de terre, destructions incendies et guerres, Saint Mamert proposa donc au peuple chrétien trois jours de prières, processions, litanies et jeûne. On dit que, plus tard, Charlemagne suivait lui-même à pied cette procession. Les rogations en tout cas avaient été étendues à toute la Gaule Romaine : par Sidoine Apollinaire à Clermont, et Césaire d’Arles les trouve déjà établies dans son diocèse. L’origine des Rogations a eu lieu en Gaules, un peu après le milieu du V° siècle. L’Eglise de Vienne avait alors saint Mamert pour évêque. Des calamités de tout genre étaient venues désoler cette province. L’évêque, désirant relever le courage de son peuple, prescrivit trois jours d’expiation durant lesquels les fidèles se livreraient aux œuvres de la pénitence, et marcheraient en procession en chantant des psaumes. Les trois jours qui précèdent la fête de la montée du Christ au ciel furent choisis pour l’accomplissement de cette pieuse résolution.  Sans s’en douter, l’évêque de Vienne jetait ainsi les fondements d’une institution que l’Eglise entière allait adopter. Saint Césaire d’Arles, au commencement du VI° siècle, en parle comme d’une coutume sacrée déjà répandue au loin. En 567, le concile de Tours sanctionnait l’obligation du jeûne dans les Rogations. Les Conciles d’Orléans en 511, de Tours et de Lyon en 567 ordonnent de les célébrer, et unifient leur date aux trois jours précédant l’Ascension. Le pape Grégoire Ier les institue à Rome.
     Lors de la réforme liturgique, en 1969, le nouveau " Calendarium romanum " a maintenu les prières des Rogations, mais en précisant qu’elles ne pouvaient être célébrées à la même date sur toute la terre. En effet les Rogations, avec le temps, avaient accentué leur côté rural, avec des processions et aspersions d’eau bénite dans les champs, et étaient attachées au printemps de l’hémisphère boréal.

Les Rogations et particulièrement la procession des rogations qui précèdent la fête de l’Ascension s’étendirent rapidement des Gaules dans toute l’Eglise d’Occident. Elles étaient déjà établies en Espagne au VII° siècle, et elles ne tardèrent pas à s’introduire en Angleterre, et plus tard dans les nouvelles Eglises de la Germanie, à mesure qu’elles étaient fondées. Rome elle même les adopta à la fin du VIII° siècle, sous le pontificat de saint Léon III. Le Calendrier Romain de 1969 observait aussi qu’elles n’avaient pas le même sens et la même importance à la ville et à la campagne. Enfin il donnait tâche aux Conférences épiscopales pour en fixer " la discipline ". A ce jour, la Conférence épiscopale française n’a rien fixé.
     Même si elles n’ont pas de caractère obligatoire, on peut donc toujours célébrer des Rogations à l’époque du printemps, les trois jours qui précèdent l’Ascension, avec des litanies après une messe ou au cours d’une procession ; une bénédiction avec de l’eau bénite peut être faite. On pourrait d’ailleurs faire de telles prières à d’autres époques selon les circonstances. On trouve dans le " Livre des Bénédictions " une bénédiction sur la terre qui peut être faite justement pendant les Rogations.

3° Est ce que c’est réservé à l’agriculture ?

Aujourd’hui il n’y a plus, face aux calamités, la distinction d’autrefois entre citadins et ruraux. En effet l’écologie et la nouvelle attitude culturelle qu’elle entraîne, et différents événements comme les crises agroalimentaires et les phénomènes d’ordre climatique comme les grandes tempêtes, chutes de neige bloquant la circulation ou coupant l’électricité, pluies continuelles et inondations, marées noires, etc.., provoquent une émotion commune et une plus grande solidarité.
Ajoutons que si autrefois le métier principal c’était l’agriculture, ce n’est plus du tout le cas et légitimement les différents professionnels peuvent demander aussi par des prières une bénédiction de leur travail.

Comment faire les Rogations ?

Tradition de la procession des Rogations

Le principal rite des Églises en  Gaule durant ces trois jours consista, dès l’origine, dans ces marches solennelles accompagnées de cantiques de supplication, et que l’on a appelées Procession, parce que l’on se rend d’un lieu dans un autre. Saint Césaire d’Arles nous apprend que la procession des Rogations durait six heures entières.  Le départ de la Procession des Rogations était précédé de l’imposition des cendres sur la tête de ceux qui allaient y prendre part. L’aspersion de l’eau bénite avait lieu ensuite; après quoi le cortège se mettait en marche. Tout le monde, clercs et laïques, marchait nu-pieds. On chantait la Litanie des saints (litanie mineure), des Psaumes, des Antiennes, et l’on se rendait à quelque basilique désignée pour la station, où l’on célébrait le saint Sacrifice. La procession des Rogations était suivie de la messe des Rogations.
Dans un cadre limité, le prêtre à son initiative propre ou à la demande de Chrétiens, peut les décider ; s’il s’agissait d’un rassemblement important et régional, ce serait bien de parler auparavant à l’Evêque du lieu du projet. La messe sera suivie d’une prière, avec litanies éventuellement, et intentions : c’est l’occasion de renouveler l’Alliance avec le Dieu Créateur et Ami des hommes, pour le métier, les champs, les animaux, le travail de tous.
Il est le plus souvent impossible de bénir les champs en se rendant sur tous les chemins. Une solution : apporter, pour les faire bénir de petits pots de la terre des uns et des autres ; mais aussi des symboles concrets de différents métiers : pot de ciment pour l’entrepreneur, disquette d’ordinateur pour le travailleur de bureau, etc.… .
les Terre Neuvas faisaient bénir leurs bateaux ; on peut bien aujourd’hui faire bénir le tracteur ou l’internet, afin qu’ils puissent braver les tempêtes de ce monde. Il y a par exemple la bénédiction des motos à PORCARO (Morbihan, BRETAGNE, France) le 15 Août pour la « Madone des motards ».

Est ce que c’est obligatoire ?
Non, absolument pas. La participation à la prière liturgique des Rogations est quelque chose de tout à fait libre, spontané. C’est une manifestation de confiance en Dieu. Un laïc peut d’ailleurs faire " la bénédiction des champs et des prés " ou celle " des Instruments de travail ", et bien d’autres (voir livre des Bénédictions du Rituel romain, éd. Chalet-Tardy p. 214 et 226).
On peut aussi prier tout seul, là où l’on se trouve.

les non-chrétiens peuvent ils bénéficier de la bénédiction ?
Bien entendu des non-chrétiens peuvent demander la bénédiction des Rogations ; il ne s’agit pas d’un sacrement comme l’Eucharistie que seuls peuvent recevoir les Baptisés. On dit des Rogations qu’elles sont un " sacramentel ".
Mais plus :
les Chrétiens ne prient pas seulement pour eux, ils prient pour tous. Spécialement leurs voisins de travail. Ceci doit être bien marqué dans la prière et les intentions proclamées pendant la cérémonie.

Les chrétiens prient pour le monde entier : comme le disait l’auteur de " l’Epître à Diognète ", à la fin du IIe siècle, " ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde ", " si noble est le poste que Dieu leur a assigné qu’il ne leur est pas permis de le déserter ". C’est aux Baptisés en effet qu’il revient d’intercéder pour le monde, de prier pour ceux qui ne savent pas prier. Selon l’expression de Saint Pierre reprise par le Concile en parlant des laïcs, c’est cela le " sacerdoce royal " de tous les baptisés.

Documents sur la procession des rogations   

Procession des rogations et messe    http://209.85.135.104/search?q=cache:XmPfyNl_AHcJ:www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/paques/paques03/003.htm

Lundi des rogations  +Procession+des+Rogations&hl=fr&ct=clnk&cd=5&gl=fr 

Questions sur les rogations   http://www.1000questions.net/fr/chroniq/rogations.html    

 Rogations  http://www.liturgiecatholique.fr/Rogations.html     

Ainsi va le monde, moderne oui, mais toujours attaché à ses racines.

Sources bibliographiques : éléments de géographie sacrée, site cybercuré, site de l’église catholique de France.

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Publié 14 mai 2010 par korriganebleue35 dans Fêtes et traditions

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