Archives de la catégorie ‘Beaux textes d’ici et d’ailleurs

Vive le printemps !!!!


J’aime beaucoup cette chanson très tonique et vive. Ça fait du bien un peu de gaité

au milieu de ces gens qui ont la sinistrose ….

Des nouvelles pour le reste : lundi j’ai vu le spécialiste. J’ai donc un traitement

médical d’un mois et nous nous reverrons ainsi qu’une consultation d’anesthésie

pour faire une coloscopie. De là ils décideront si je suis passible ou pas d’une

intervention. J’ai des maux de tête qui sont peut-être dus au traitement, mais

je suis obligée quand même de travailler…Je pense à vous tous et toutes et vous

partage une méditation du Dalaï Lama que j’ai trouvée belle … 

576422_422478451172202_764067698_n

Publié 19 avril 2013 par korriganebleue35 dans Beaux textes d'ici et d'ailleurs, Musique

Tag(s) associé(s) : ,

A la mi-carême


 

I



Le carnaval s’en va, les roses vont éclore ;


Sur les flancs des coteaux déjà court le gazon. 


Cependant du plaisir la frileuse saison


Sous ses grelots légers rit et voltige encore,


Tandis que, soulevant les voiles de l’aurore,


Le Printemps inquiet paraît à l’horizon.



II



Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire ; 


Bien que le laboureur le craigne justement,


L’univers y renaît ; il est vrai que le vent, 


La pluie et le soleil s’y disputent l’empire. 


Qu’y faire ? Au temps des fleurs, le monde est un enfant ;


C’est sa première larme et son premier sourire.



III



C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir


L’anémone sauvage aux corolles tremblantes.


Les femmes et les fleurs appellent le zéphyr ; 


Et du fond des boudoirs les belles indolentes, 


Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,


Sous les vieux marronniers commencent à venir.



IV



C’est alors que les bals, plus joyeux et plus rares, 


Prolongent plus longtemps leurs dernières fanfares ;


À ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur ; 


La valseuse se livre avec plus de langueur : 


Les yeux sont plus hardis, les lèvres moins avares, 


La lassitude enivre, et l’amour vient au coeur.



V



S’il est vrai qu’ici-bas l’adieu de ce qu’on aime


Soit un si doux chagrin qu’on en voudrait mourir, 


C’est dans le mois de mars, c’est à la mi-carême, 


Qu’au sortir d’un souper un enfant du plaisir 


Sur la valse et l’amour devrait faire un poème, 


Et saluer gaiement ses dieux prêts à partir.



VI



Mais qui saura chanter tes pas pleins d’harmonie, 


Et tes secrets divins, du vulgaire ignorés, 


Belle Nymphe allemande aux brodequins dorés ?


Ô Muse de la valse ! ô fleur de poésie !


Où sont, de notre temps, les buveurs d’ambroisie 


Dignes de s’étourdir dans tes bras adorés ?



VII



Quand, sur le Cithéron, la Bacchanale antique


Des filles de Cadmus dénouait les cheveux, 


On laissait la beauté danser devant les dieux ;


Et si quelque profane, au son de la musique, 


S’élançait dans les choeurs, la prêtresse impudique 


De son thyrse de fer frappait l’audacieux.



VIII



Il n’en est pas ainsi dans nos fêtes grossières ; 


Les vierges aujourd’hui se montrent moins sévères, 


Et se laissent toucher sans grâce et sans fierté.


Nous ouvrons à qui veut nos quadrilles vulgaires ; 


Nous perdons le respect qu’on doit à la beauté,


Et nos plaisirs bruyants font fuir la volupté.



IX



Tant que régna chez nous le menuet gothique,


D’observer la mesure on se souvint encor.


Nos pères la gardaient aux jours de thermidor, 


Lorsqu’au bruit des canons dansait la République,


Lorsque la Tallien, soulevant sa tunique, 


Faisait de ses pieds nus claquer les anneaux d’or.



X



Autres temps, autres moeurs ; le rythme et la cadence


Ont suivi les hasards et la commune loi. 


Pendant que l’univers, ligué contre la France,


S’épuisait de fatigue à lui donner un roi,


La valse d’un coup d’aile a détrôné la danse. 


Si quelqu’un s’en est plaint, certes, ce n’est pas moi.



XI



Je voudrais seulement, puisqu’elle est notre hôtesse,


Qu’on sût mieux honorer cette jeune déesse.


Je voudrais qu’à sa voix on pût régler nos pas, 


Ne pas voir profaner une si douce ivresse,


Froisser d’un si beau sein les contours délicats, 


Et le premier venu l’emporter dans ses bras.



XII



C’est notre barbarie et notre indifférence


Qu’il nous faut accuser ; notre esprit inconstant


Se prend de fantaisie et vit de changement ; 


Mais le désordre même a besoin d’élégance ; 


Et je voudrais du moins qu’une duchesse, en France, 


Sût valser aussi bien qu’un bouvier allemand.

Alfred de MUSSET   (1810-1857)

 

La bientraitance, prendre soin ou produire des soins????


Il n’est pas dans mes habitudes de parler boulot ici, mais ce

texte publié dans une revue professionnelle m’a interpellé par

rapport aux derniers événements que ma mère a vécu. Maintenant

nous « produisons des soins »…..Certains

disent que cela a été trouvé sous l’oreiller d’une personne

âgée décédée dans une EHPAD….Voici donc le texte : 

« Que vois-tu, toi qui me soignes, que vois-tu ? 

Quand tu me regardes, que penses-tu ?


Une vieille femme grincheuse, un peu folle, le regard perdu, qui

bave quand elle mange et ne répond jamais 
quand tu dis d’une

voix forte « essayez ! » et qui 
semble ne prêter aucune attention à

ce qu’elle fait…
Qui docile ou non, te laisse faire à ta guise, 
le

bain et les repas pour occuper la longue journée.

 

C’est ça que tu penses, c’est ça que tu vois ? 
Alors ouvre les yeux,

ce n’est pas moi.
 Je vais te dire qui je suis, assise là, tranquille,


me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu veux…
je suis la

dernière des dix, avec un père, une mère ;
 des frères, des soeurs

qui s’aiment entre eux…
Une jeune fille de seize ans, des ailes aux

pieds,
rêvant que bientôt elle rencontrera un fiancé…

 

Déjà vingt ans, mon coeur bondit de joie
 au souvenir des vœux que

j’ai fait ce jour-là.
J’ai vingt-cinq ans maintenant et un enfant à

moi, 
qui a besoin de moi, pour lui construire une maison…

 

Une femme de trente ans, mon enfant grandit vite ;
 nous sommes liés

l’un à l’autre par des liens qui dureront…
Quarante ans, bientôt il

ne sera plus là,  
mais mon homme est à mes cotés et veille sur moi.


Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés. 
Nous

revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé.
Voici les jours

noirs, mon mari meurt.

 

Je regarde vers le futur en frémissant de peur 
car mes enfants

sont très occupés pour élever les leurs  
et je pense aux années

et à l’amour que j’ai connus.

 

Je suis vieille maintenant et la vie est cruelle et 
elle s’amuse à

faire passer la vieille pour folle.
 Mon corps s’en va. 
Grâce et

forme m’abandonnent.
 Et il y a une pierre là où jadis il y avait

un coeur.
 Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure.

Le vieux coeur se gonfle sans relâche.
 Je me souviens des joies et

des peines. 
Et à nouveau je revis ma vie et j’aime…
Je repense

aux années trop courtes et trop vite passées
 et accepte cette

réalité implacable.

Alors, ouvre les yeux, toi qui me regarde et qui me soignes. 
Ce n’est

pas la vieille femme grincheuse que tu vois…


Regarde mieux et tu verras…»

Hommage aux victimes des guerres….Jehan Alain et Charles Péguy….


 JA 137 – Prière pour nous autres charnels, pour ténor, basse et orgue [1938] 1938 – 27 ans – 21 opus 

 

Jehan Alain a été considéré comme l’un des compositeurs les

plus talentueux des années 1930 . Cette promesse a été terminée

quand il est tombé dans les premiers jours de l’invasion

allemande de la France en 1940, à la défense de Saumur.

Il est facile, mais toujours aussi troublant, de parler chez

Jehan Alain de ces œuvres prémonitoires sur sa tragique

destinée. On pense à la bouleversante « Prière pour nous autres

Charnels » écrite en 1938 sur un texte de Charles Péguy, lui-même

mort lors de la première guerre mondiale : « Heureux ceux qui sont

morts pour la terre charnelle / Mais pourvu que ce fût pour une juste

guerre… » On pense aussi et surtout à cette deuxième des Trois

Danses pour orgue, Deuil, sous-titrée par Jehan lui-même « Danse

funèbre pour honorer une mémoire héroïque« . On retrouve un peu

les mêmes prémices intrigantes chez Mahler

Musique d’Alain est post-debussyste, avec une utilisation très

personnelle des anciens modes et des rythmes libres. Comme

Messiaen, il a été attiré sur les sujets mystiques. Cette belle

prière, dont le titre signifie « Prière pour nous autres charnels »,

a été écrit à l’origine pour deux chanteurs et orgue. C’est une

touchante réglage extrêmement sensible, et le déplacement

d’un texte de Charles Péguy. Quelques mois après avoir appris

la mort d’Alain sur la face avant Dutilleux a écrit une version

lumineuse d’orchestre de la partie d’orgue.

TEXTE : extrait de Charles Péguy,strophes 1 2 3 7 14 17

Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fût pour une juste guerre.

Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.


Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles

Couchés dessus le sol à la face de Dieu.


Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu


Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles


Car elles sont le corps de la cité de Dieu

Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,


Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

 

Car elles sont l’image et le commencement


Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.


Heureux ceux qui sont morts car ils sont revenus


Dans la demeure antique et la vieille maison

Ils sont redescendus dans la jeune saison


D’où Dieu les suscita misérables et nus.

Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés

Dans ce premier terreau nourri de leur dépouille


Dans ce premier caveau, dans la tourbe et la houille.


Heureux les grands vaincus, les rois désabusés.

 

Musique Jehan Alain

La vie et la personnalité des musiciens sont parfois assez rébarbatives

et peu liées à leur musique. Mais Jehan Alain eu une vie intense et pleine, aussi

brève fut-elle, et sa musique est le reflet direct de sa personnalité riche en contrastes,

sachant allier joie, poésie délicate, humour et gravité profonde.

Il ne fait peu de doute que si Jehan Alain avait survécu à la seconde guerre mondiale,

son génie aurait éclaté au vingtième siècle comme l’une des personnalités musicales

incontournables et marquantes, à l’instar d’un Olivier Messiaen. Il est tentant de faire la

comparaison entre ces deux hommes, dont l’un tomba à la guerre, et l’autre la traversa

en tant que prisonnier. Deux musiciens, organistes, français et chrétiens, mais dont la

musique n’ont rien de deux sœurs jumelles. Deux personnalités uniques, deux mondes

sonores authentiques et sincères.

Il y a un adjectif qui revient souvent lorsque l’on parle de la musique de Jehan Alain :

attachante. Attachante car cette musique parle droit au cœur.

Elle ne cherche pas forcément à être belle, même si elle l’est souvent. Elle cherche à dresser

un monde sonore en quelques notes avec une sensibilité à fleur de peau. Elle ne ressemble à

aucune autre musique d’aucun autre compositeur, elle est l’unique expression d’une âme

musicale authentiquement belle. On sera charmé au début par telle jolie mélodie et agacé

par telle dissonance, on sera surpris par telle farce humoristique et touché par tel

recueillement sincère, impressionné par telle féerie rythmique et déconcerté par tel paysage

désolé.

Malgré tout ce qui le retenait sur terre, sa femme, ses trois enfants, sa musique, Jehan était

prêt au don de soi-même et de sa vie. Jusqu’à la dernière minute, par amour de la France et

de la lutte, Jehan a refusé de se rendre. Et s’il avait réussi à échapper à l’ennemi ce jour de

juin 1940, il aurait fallu un miracle pour qu’il traverse la guerre sans être touché. On

l’imagine volontiers prisonnier essayant de s’enfuir à tout prix, membre actif de la

Résistance ou alors soldat des forces françaises libres, mais mal attendre « tranquillement »

la fin de la guerre en essayant avant tout de survivre.

 

Malgré une vie courte, Jehan Alain laisse une œuvre abondante : plus d’une centaine d’opus.

Et si ces pages sont souvent de courtes pièces finement esquissées, on trouve, à l’image de ses

Trois Danses pour orgue, quelques œuvres monumentales qui figurent parmi les chefs-

d’œuvre musicaux du siècle et qui ne laissent pas la musique de Jehan à l’état de simple

promesse comme certains le croient.

Après la guerre, sa sœur, la célèbre organiste Marie-Claire Alain, a contribué à maintenir

vivante sa mémoire en défendant sa musique d’orgue.

Vers la fin du XXe siècle, où les compositeurs qui n’ont pas adopté la méthode sérielle de

composition cessé d’être traités comme des questions secondaires pertinentes histoire de la

musique, Alain (1911-1940) rejoint ses proches contemporains Olivier Messiaen (1908-1992)

et Henri Dutilleux (né en 1916) dans une marée montante de l’estime, et sa musique a été

reconnue comme occupant une position intermédiaire entre ces deux compositeurs

dans les années 1930.

 

PRIERE POUR NOUS AUTRES CHARNELS

CHARLES PEGUY – EVE (1913)

Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fut dans une juste guerre.

Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.

Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

   

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,

Couchés dessus le sol, à la face de Dieu.

Heureux ceux qui sont morts dans un dernier haut lieu,

Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

   

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,

Car elles sont le corps de la cité de Dieu.

Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,

Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

   

Car elles sont l’image et le commencement

Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.

Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,

Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu.

    

Car cet aveu d’honneur est le commencement

Et le premier essai d’un éternel aveu.

Heureux ceux qui sont morts dans cet écrasement,

Dans l’accomplissement de ce terrestre voeu.

   

Car ce vœu de la terre est ce commencement

Et le premier essai d’une fidélité.

Heureux ceux qui sont morts dans ce couronnement

Et cette obéissance et cette humilité.

    

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première argile et la première terre.

Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.

Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.

    

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première terre et l’argile plastique.

Heureux ceux qui sont morts dans une guerre antique.

Heureux les vases purs, et les rois couronnés.

    

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première terre et dans la discipline,

Ils sont redevenus la pauvre figuline.

Ils sont redevenus des vases façonnés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans leur première forme et fidèle figure.

Ils sont redevenus ces objets de nature

Que le pouce d’un Dieu lui-même a façonnés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première terre et la première argile.

Ils se sont remoulés dans le moule fragile

D’où le pouce d’un Dieu les avait démoulés.

   

Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés

Dans la première terre et le premier limon.

Ils sont redescendus dans le premier sillon

D’où le pouce de Dieu les avait défournés.

   

Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés

Dans ce même limon d’où Dieu les réveilla.

Ils se sont rendormis dans cet alléluia

Qu’ils avaient désappris devant que d’être nés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont revenus

Dans la demeure antique et la vieille maison.

Ils sont redescendus dans la jeune saison

D’où Dieu les suscita misérables et nus.

    

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans cette grasse argile où Dieu les modela,

Et dans ce réservoir d’où Dieu les appela.

Heureux les grands vaincus, les rois découronnés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans ce premier terroir d’où Dieu les révoqua,

Et dans ce reposoir d’où Dieu les convoqua.

Heureux les grands vaincus, les rois dépossédés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans cette grasse terre où Dieu les façonna.

Ils se sont recouchés dedans ce hosanna

Qu’ils avaient désappris devant que d’être nés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans ce premier terreau nourri de leur dépouille,

Dans ce premier caveau, dans la tourbe et la houille.

Heureux les grands vaincus, les rois désabusés.

    

 Heureux les grands vainqueurs. Paix aux hommes de guerre.

Qu’ils soient ensevelis dans un dernier silence.

Que Dieu mette avec eux dans la juste balance

Un peu de ce terreau d’ordure et de poussière.

    

Que Dieu mette avec eux dans le juste plateau

Ce qu’ils ont tant aimé, quelques grammes de terre.

Un peu de cette vigne, un peu de ce coteau,

Un peu de ce ravin sauvage et solitaire.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.

Vous les voyez couchés parmi les nations.

Que Dieu ménage un peu ces êtres débattus,

Ces cœurs pleins de tristesse et d’hésitations.

   

 Et voici le gibier traqué dans les battues,

Les aigles abattus et les lièvres levés.

Que Dieu ménage un peu ces cœurs tant éprouvés,

Ces torses déviés, ces nuques rebattues. 

   

Que Dieu ménage un peu ces êtres combattus,

Qu’il rappelle sa grâce et sa miséricorde.

Qu’il considère un peu ce sac et cette corde

Et ces poignets liés et ces reins courbatus.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.

Qu’ils ne soient pas pesés comme Dieu pèse un ange.

Que Dieu mette avec eux un peu de cette fange

Qu’ils étaient en principe et sont redevenus.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.

Qu’ils ne soient pas pesés comme on pèse un démon.

Que Dieu mette avec eux un peu de ce limon

Qu’ils étaient en principe et sont redevenus.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.

Qu’ils ne soient pas pesés comme on pèse un esprit.

Qu’ils soient plutôt jugés comme on juge un proscrit

Qui rentre en se cachant par des chemins perdus.

     

Mère voici vos fils et leur immense armée.

Qu’ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.

Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre

Qui les a tant perdus et qu’ils ont tant aimée.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant perdus.

Qu’ils ne soient pas jugés sur une basse intrigue.

Qu’ils soient réintégrés comme l’enfant prodigue.

Qu’ils viennent s’écrouler entre deux bras tendus.

    

Qu’ils ne soient pas jugés comme un pauvre commis

A qui Dieu redemande un compte capital.

Qu’ils ne soient pas taxés comme un peuple soumis

A qui César demande un règlement total.

    

Qu’ils soient réhonorés comme de nobles fils.

Qu’ils soient réinstallés dans la noble maison.

Et dans les champs de blés et les champs de maïs.

Et qu’ils soient replacés dans la droite raison.

    

Et qu’ils soient reposés dans leur jeune saison.

Et qu’ils soient rétablis dans leur jeune printemps.

Et que sur leur épaule une blanche toison

Les refasse pasteurs de troupeaux importants.

    

Et qu’ils soient replacés dans le premier village.

Et qu’ils soient reposés dans l’antique chaumière.

Et qu’ils soient restaurés dans la splendeur première.

Et qu’ils soient remontés dans leur premier âge.

    

Car ce qui se remet n’est jamais bien remis,

Et tout se compromet par un ajournement.

Mais ce qui se démet est toujours bien démis,

Et rien ne se refait par un retournement.

    

Et ce qui se promet n’est jamais bien promis,

Mais ce qui se refuse est vraiment révolu.

Et ce qui si permet n’est jamais bien permis,

Mais ce qui se défend est vraiment défendu.

   

Ce qui se compromet est toujours compromis.

Mais ce qui reste pur n’est jamais assuré.

Car ce qui se commet n’est jamais bien commis.

Mais ce qui se trahit est toujours bien livré.

   

Car ce qui se soumet n’est jamais bien soumis.

Mais ce qui se révolte est vraiment révolté.

Car ce que l’on admet n’est jamais bien admis.

Mais ce que l’on rejette est vraiment rejeté.

    

Car tout se dilapide et rien ne se recouvre.

Tout se déconsidère et rien ne se reprend.

Et la vie et la mort et le chaume et le Louvre.

Et rien ne se remonte et tout se redescend.

   

Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs.

Qu’ils ne soient pas pesés dans le spirituel.

Qu’ils ne soient pas comptés dans le perpétuel.

Que Dieu mette avec eux la rocaille et les murs

    

Et ce maigre buisson qui bornait leur destin.

Qu’ils ne soient pas jugés dans leur rigueur première.

Qu’ils ne soient pas jugés dans la dure lumière.

Qu’ils ne soient pas jugés dans le premier matin.

   

Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs.

Qu’ils ne soient pas pesés dans un juste plateau.

Qu’ils soient comme la treille et comme les blés mûrs

Qui ne sont point pesés sur le flanc du coteau.

    

Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs.

Qu’ils soient ensevelis dans l’ombre et le silence.

Qu’ils ne soient pas jetés misérables et durs

Dans le creux du plateau d’une juste balance.

    

Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs.

Qu’ils ne soient pas pesés dans l’immatériel.

Qu’il soit compté qu’ils ont un sang artériel

Et des raisonnements lamentables et sûrs.

    

Qu’ils ne soient pas pesés par les poids éternels.

Qu’ils ne soient pas jugés sur une basse brigue.

Qu’ils soient réembrassés, comme l’enfant prodigue

Rentre, et se précipite aux genoux paternels.

    

Mère voici vos fils faibles et saugrenus.

Qu’ils ne soient point jugés sur leur basse fatigue.

Qu’ils soient réinvoqués comme l’enfant prodigue

Rentre et sait se glisser par des chemins connus.

    

Qu’ils ne soient pas jugés sur une basse ligue.

Qu’ils ne soient pas livrés aux mains de l’ennemi.

Qu’ils soient réentourés comme l’enfant prodigue

Reconnaît la pelouse et le perron ami. 

   

Que Dieu leur soit clément et que Dieu leur pardonne

Pour avoir tant aimé la terre périssable.

C’est qu’ils en étaient faits. Cette boue et ce sable,

C’est là leur origine et leur pauvre couronne.

   

C’est le sang de l’artère et le sang de la veine.

Et le sang de ce cœur qui ne bat déjà plus.

C’est le sang du désir et le sang de la peine.

Et le sang du regret des âges révolus.

    

Que Dieu leur soit clément et que Dieu leur pardonne

Pour avoir tant aimé la terre périssable.

Ils en étaient venus. Cette boue et ce sable,

C’est là leur pied d’argile et leur pauvre couronne.

   

C’est le sang de l’artère et le sang de la veine

Et le sang de ce cœur qui ne bat que pour vous.

C’est le sang du regret et le sang de la peine

Et le sang de ce cœur qui s’amortit en nous.

    

C’est le sang de la honte et le sang de la peine

Et le sang de l’aorte et c’est le sang du cœur.

C’est le sang de l’amour et le sang de la haine

Et le sang du vaincu sur les mains du vainqueur.

     

C’est le sang de l’orgueil et le sang de la peine

Et de la veine porte et c’est le sang du cœur.

Et de la veine cave et le sang de la haine

Et les taches de sang sur les bras du vainqueur.

   

Et c’est aussi le sang d’une pauvre colère

Qui se soulève en vain dans un si pauvre cœur.

Et c’est aussi le sang d’une pauvre misère

Qui se révolte en vain sous le poing du vainqueur.

   

C’est le sang du martyr et le sang de César.

C’est le sang du martyr et le sang du bourreau.

C’est le sang qui dégoutte au fond du tombereau.

Le sang de la victime exposée au bazar.

    

C’est le sang de la messe et le sang du calice

Et le sang du martyr sur les bras du bourreau,

Et le sang qui s’écaille au fond du tombereau,

Et le sang qui jaillit aux pointes du cilice.

    

Et c’est le sang joué dans les jeux de hasard.

Et l’honneur exposé dans les jeux d’aventure.

Et la race jouée aux jeux de forfaiture.

Et le bonheur joué dans ce morne alcazar.

    

Et c’est le forcement de cet homme hagard.

Et les bourreaux lâchés dans la plaine et les bois.

Et le dérèglement de cette pauvre voix.

Et le désœuvrement de ce pauvre regard.

   

Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre

Qu’ils étaient en principe et sont redevenus.

C’est le sang de la veine et le sang de l’artère

Et le sang de ces corps misérables et nus.

   

Seigneur qui les avez pétris de cette terre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terriens.

Vous les avez rivés sur la lourde galère.

Ne vous étonnez pas qu’ils soient galériens.

    

Seigneur qui les avez nourris de cette terre,

Ne vous étonnez pas que cette nourriture

Les ait faits cette race ingrate et solitaire,

De petite noblesse et de pauvre nature.

    

Seigneur qui les avez formés de cette terre,

Ne soyez pas surpris qu’ils soient trouvés informes,

Et bossus et bancals et sournois et difformes,

Et mauvaise nature et mauvais caractère.

    

Seigneur qui les avez nourris de cette terre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés parjures,

Et que cette origine et que ces nourritures

En aient fait cette race obscure et réfractaire.

    

Seigneur qui les avez pétris de cette terre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terrestres.

Vous avez jalonné la voie héréditaire.

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés pédestres.

    

Seigneur qui les avez nourris de cette terre,

Ne vous étonnez pas que cette nourriture

En fait cette race agreste et solitaire,

De petite noblesse et de grande roture.

   

Seigneur qui les avez pétris de cette terre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terreux,

Vous les avez pétris de vase et de poussière,

Ne vous étonnez pas qu’ils marchent poussiéreux.

   

Seigneur qui les avez frappés de votre foudre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés peureux.

Vous les avez fait sortir de cette poudre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés poudreux.

    

Vous les avez pétris de cette humble matière,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient faibles et creux.

Vous les avez pétris de cette humble misère.

Ne soyez pas surpris qu’ils soient des miséreux.

     

Vous qui les avez faits d’une argile grossière,

Ne soyez pas surpris qu’ils soient trouvés lépreux.

Et vous qui les avez livrés aux vers de terre,

Ne soyez pas surpris qu’ils soient trouvés véreux.

J’ai mis en rouge les strophes reprises par Jehan Alain.Les hommes

ont chanté ce poème ce matin à la messe commémorative de

l’Armistice de 1918. Chacun a un des siens mort pour la France et

c’était ma façon de leur rendre hommage…. 

Pour Ella, l’automne et les Hirondelles…


Chez les Celtes

L’hirondelle est représentée dans le domaine mythique celtique par le nom de Fand,

épouse du dieu de la mer Manannan. Tombée amoureuse de Cùchulainn, elle l’invite

dans l’Autre monde et il passe un mois auprès d’elle. Puis il l’abandonne et est repris

par sa femme Emer. Avec beaucoup de mélancolie Fand retourne alors vers son mari,

qui est revenu la chercher. Un autre personnage mytique du panthéon celtique est Fandle,

l’un des trois fils de Nechtan-Soene, tué par Cùchulainn lors de sa première expédition

sur la frontière de l’Ulster Fandle, d’une extrême légèreté combattait au-dessus de l’eau.

Dans cette mythologie celtique, l’hirondelle apparait liée à un symbolisme de la fécondité

et de l’alternance.

Voici mon travail sur l’automne, accompagné d’une récitation que j’ai gardé de mon CE2,

c’était il y a bien longtemps, avec les cahiers au porte plume, que j’ai gardé

précieusement. Je vous la soumets ici : 


Victor Hugo ( 1802 – 1885 )

Chanson

Les hirondelles sont parties.
Le brin d’herbe a froid sur les toits ;
Il pleut sur les touffes d’orties.
Bon bûcheron, coupe du bois.

Les hirondelles sont parties.
L’air est dur, le logis est bon.
Il pleut sur les touffes d’orties.
Bon charbonnier, fais du charbon.

Les hirondelles sont parties.
L’été fuit à pas inégaux ;
Il pleut sur les touffes d’orties.
Bon fagotier, fais des fagots.

Les hirondelles sont parties.
Bonjour, hiver ! bonsoir, ciel bleu !
Il pleut sur les touffes d’orties.
Vous qui mourez, faites du feu.

Victor Hugo
Poème écrit le 27 septembre 1853 et non publié du vivant de l’auteur.
L’art d’être grand-père, 1877

SOIR D’AUTOMNE


Comme chacun le sait, j’aime beaucoup la poésie. Aussi

je vous partage un texte d’un grand poète breton

du siècle dernier.

Il  racontait  simplement la vie quotidienne des gens…

SOIR D’AUTOMNE

L’automne est la saison dolente.

L’âme des labours assoupis
Berce d’une hymne somnolente
L’enfance des futurs épis ;

Et, triste, la mer de Bretagne
Se prend à gémir, dans le soir.
Par les sentiers de la montagne,
Commence à rôder le Mois Noir.

Et les cloches ont l’air de veuves,
Dans les clochers silencieux…
Nous n’irons plus aux aires-neuves !
Voici l’hiver, le temps des vieux.

Pour le départ des alouettes,
Tintent les glas des abandons.
Pleurez, ô chapelles muettes,
Les cierges éteints des Pardons !

… Avec les oiseaux de passage,
Les Clercs s’en vont aux premiers froids.
Ils emportent, selon l’usage,
Leurs livres, noués trois par trois.

L’automne est la saison dolente.
Les mères, sur le seuil, longtemps,
De leur bénédiction lente
Encouragent les hésitants ;

Car, près d’enjamber la barrière,
Plus d’un a suspendu son pas,
Comme si des voix, par derrière,
Lui chuchotaient : « Ne t’en va pas ! »

Anatole LE BRAZ (1859-1926)

La parabole des nombrils


 Ça me tracasse beaucoup, dit Dieu, cette manie qu’ils ont de se regarder le nombril au lieu de regarder les

autres.

 

J’ai fait les nombrils sans trop y penser, dit Dieu, comme un tisserand qui arrive à la dernière maille et qui fait

un nœud comme ça, pour que cela tienne, à un endroit qui ne paraît pas trop…

 

J’étais trop content d’avoir fini !!! L’important pour moi, c’était que ça tienne.

 

Et , d’habitude, ils tiennent bon, mes nombrils, dit Dieu, mais ce que je n’avais pas prévu, ce qui n’est pas loin

d’être un mystère, même pour moi dit Dieu, c’est l’importance qu’ils accordent à ce dernier petit nœud, intime

et bien caché.

 

Oui, de toute ma création, dit Dieu, ce qui m’étonne et que je n’avais pas prévu, c’est tout le temps qu’ils mettent,

dès que ça va un peu mal, à la moindre contrariété, tout le temps qu’ils mettent à se regarder le nombril, au lieu de

regarder les autres, au lieu de voir les problèmes des autres.

Vous comprenez, dit Dieu, j’hésite, je me suis peut-être trompé????

 

Mais, si c’était à recommencer, si je pouvais faire un rappel général, comme les grandes compagnies de voitures, si

ce n’était pas trop de tout recommencer, dit Dieu, je leur placerai en plein milieu du front.

Comme cela, dit Dieu, au moins ils seraient bien obligés de regarder le nombril des autres.

(à la manière de Péguy)

%d blogueurs aiment cette page :