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In memoriam


Onzième d’une fratrie de treize, embarqué dans le bateau de la vie à l’aube du vingtième siècle (12 MARS 1919). Je l’ai toujours connu un crâne dégarni, des sourcils épais, des yeux bleus malicieux, qui s’illuminaient lorsqu’il racontait des épisodes de sa vie, histoire ordinaire de gens simples qui parfois rejoignait l’Histoire.La guerre en Syrie en était un exemple, tous étaient scotchés en l’écoutant parler. Ses paroles se faisaient rares, mais frappés au coin du bon sens du paysan à l’écoute de la nature. Il parlait de façon imagée, presque poétique, jamais de vulgarité, avec une certaine sagesse. Maraîcher, puis chauffeur routier, aucune des routes de France ne lui était étrangère, et on pouvait compter sur lui pour nous indiquer les bon coins où se restaurer sur la route. Grand-père paternel de mes filles, je l’ai connu surtout retraité, habile jardinier qui soignait ses plantes avec amour et nous régalait de ses productions. Il savait tirer parti de tout et réparer tout ce qui pouvait l’être. Travailleur, il ne supportait pas de rester sans rien faire et était contrarié d’être à l’hôpital pour son coeur qui en faisait des siennes. D’une humeur toujours égale, sauf quand on parlait religion ou politique, qui l’un comme l’autre ne lui plaisaient guère. Malgré les ressorts suite aux infarctus multiples, à 94 ans (4 juin 2013), il était le moment de passer sur l’autre rive, dans un monde où il n’y a plus de souffrance.Les ressorts n’apportaient plus rien, ces ressorts – là ne se remontent pas… Un peu anarchiste sur les bords, il a voulu un enterrement républicain. Qui a eu lieu vendredi. Nous avons donc assisté à la mise en bière, nous l’avons vu une dernière fois, ses traits étaient marqués par la souffrance, lui l’homme tranquille que je connaissais n’est pas parti dans la paix.Puis  la police a posé les scellés sur le cercueil, et ensuite nous avons fait un circuit sur les lieux qui étaient importants pour lui, avant d’arriver au cimetière. Même s’il y avait une petite cérémonie puisque le comité d’anciens combattants est venu avec les drapeaux, je trouvais qu’il manquait un supplément d’âme et j’avais l’impression qu’ils « bennaient » le cercueil dans le caveau comme un déchet. Il nous a été demandé de lancer quelques pétales de roses sur le cercueil, mais pas de terre alors qu’il était jardinier. (Il y a un caveau de famille). Il fallait se dépêcher car le comité d’anciens combattants devait partir et il y avait un autre convoi qui attendait. Le plus dur après c’est de voir un tas de gens de la famille que l’on ne connait pas et qui bavardent chacun de leur côté alors que l’on voudrait un peu de silence…Mais certains moments passés avec lui resteront dans ma mémoire. Ci-dessous un poème latin sur le jugement dernier que l’on chante parfois dans certaines messes des morts. 

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In memoriam….


Messe des défunts en chant Grégorien : 6iéme mode
Requiem Aeternam (introit)
Kyrié Eleison
Sanctus
Agnus DEI
Lux aeterna ( Antienne de communion)
Requiem aeternam (Graduel)

 

Ci-dessus l’office grégorien des funérailles. Elle était une sage, certains la disaient Sainte. Attentive à tous, grillon du foyer,

personne n’échappait à son regard vif qui voyait tout, aussi perçant que celui d’un hibou.

Je chanterai donc mardi sa messe de Requiem, elle qui s’est éteinte après une vallée de larmes à 92 ans. Sans oublier

de chanter le cantique du paradis. C’était ma belle-mère, qui n’a jamais voulu que je l’appelle « belle-maman »,

seulement par son prénom. D’aucuns se perdraient dans de la littérature et des panégyriques de roi, mais ceci serait

pour moi superfétatoire car de là-haut elle veille et je sais qu’elle aimait la simplicité. Telle un papillon elle s’envolera

donc vers ce ciel qui lui était cher, à tel point que certains lui disaient, mi-amusés, mi -rieurs : « toi qui as un ticket

avec le père Bon Dieu, tu voudrais pas….? »Que Dieu le garde dans la paix éternelle, elle qui la cherchait, depuis que

son mari avait tracé le sillon ce début d’année…

Nous appréhendons tous la mort. La mort n’est qu’un passage obligé pour accéder à un autre monde,

intemporel, non accessible à notre entendement humain, ce n’est que lorsque nous sommes débarrassés

de notre enveloppe charnelle que nous pouvons accéder au mystère divin… Mais le sage l’attend comme

une délivrance, une transcendance d’une vie vers une autre, dont le mystère nous accapare de ne

pas savoir; car le savoir délivre.

De toute façon, la mort finit par nous sourire et je la trouve personnellement

juste car tous sont égaux devant elle. Ce qui est, c’est de quelle façon dont nous allons à sa rencontre

et là, personne ne le sait.

Le Hibou est l’aigle de la nuit . Il voit ce que l’on ne voit pas et représente la sagesse. La mort est en

soi cette vie qui nous effraie qu’on arrive pas à percevoir.

Nous changeons d’heure…


 

Souvenirs du lycée où nous chantions autour d’un de nous qui joueait de la guitare, quand il n’y en avait pas deux.

Aussi aux camps de scouts. maintenant que j’ai grandi et que je taquine la muse et lis mes mais poètes, je ne résiste pas

à vous partager celle-ci issue de spleen et idéal , de Baudelaire.Certains, comme nos compatriotes de Molène

résistent à l’heure VGE, qui en fait est l’heure allemande, et ont été des résistants de la toute première heure…

 

LXXXV – L’Horloge

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: « Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;

〜⁂〜

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

〜⁂〜

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

〜⁂〜

Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or!

〜⁂〜

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c’est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

〜⁂〜

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche! il est trop tard! »
〜⁂〜

     Charles Baudelaire

 

Publié 29 octobre 2011 par korriganebleue35 dans Beaux textes d'ici et d'ailleurs

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