Archives du tag ‘orchestre

Hier en concert


Hier j’ai participé à un concert où nous étions 100 chanteurs de 3 chorales. Le thème était : The Best of César Franck. Nous avons chanté plusieurs pièces entrecoupées de morceaux d’orgue. Les versions que vous avez sont avec orchestre, mais nous avons chanté la version pour orgue car nous avons deux super orgues dans cette basilique qui s’appelle « Notre Dame des Miracles et des Vertus ». Ma pièce préférée est l’Ave Maria que vous trouvez ci-dessus. Apparemment nous avons un public content et nous avons eu un bis. La musique de César Franck est d’abord une musique d’effet, il faut chanter à pleine voix et fort pendant presque tout le morceau. En plus nous les sopranos nous finissons par un « la » aigu, ce qui n’est pas facile. Comme dans le morceau que vous avez ci-dessous où la note finale est tenue sur 4 mesures. Il y a eu aussi une improvisation sur le nom du compositeur à deux orgues, ce qui était assez particulier.Le soir je n’étais pas fâchée de retrouver mon lit, même si je dors mal depuis quelque temps.

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Vous êtes peut-être surpris de ne pas me lire. J’ai été assez malade ces dernières semaines, mauvaise bronchite et laryngite, cela a commencé juste avant Noël. Je suis allée voir le médecin, qui était remplaçant et n’a pas tapé assez fort; résultat, cela a trainé, et j’ai du revoir ma doctoresse. Aérosols d’antibiotique et cortisone, anti asthmatiques. Comme le pharmacien a du mal à chaque fois pour avoir une machine, je m’en suis achetée une, qui a l’avantage de faire moins de bruit et de ne pas faire peur au chat. Par là-dessus je suis devenue aphone, donc cata pour chanter. J’allais en touriste aux répétitions et je m’inquiétais car j’ai été aphone pendant plusieurs semaines. Du coup je suis allée voir un phoniatre (ORL spécialiste de la voix) qui m’a montré mon larynx à la télé, il était tout rouge, par contre les cordes vocales sont bien, pas de nodules. Résultat il faut attendre, prendre de l’ibuprofène si j’ai mal, et parler le moins possible, ce qui n’est pas évident pour l’entourage qui a du mal à comprendre. Je ne me suis pas arrêtée, du coup crevée.

Le boulot c’est dur en ce moment, il y a des réorganisations et comme je fais du boulot « transversal » je suis pas mal sollicité. Il m’arrive souvent de m’endormir sur mes revues préférées en rentrant du boulot….

 J’ai réussi à participer au concert de dimanche dernier, mais après je ne pouvais plus parler, surtout qu’on à chanté du Verdi et qu’il faut mettre la gomme. J’ai toujours mes problèmes de ventre mais ça fait partie du paysage.Le concert était un concert humanitaire au profit d’une oeuvre qui aide les enfants en Haïti.

 J’ai récupéré un filet de voix en parlant, mais pour chanter l’aigu,  ce n’est pas évident, j’ai un peu de ma pour faire la partie haute de mon registre, le contre-ut est là mais faiblard. Ci-dessous voilà les Carmina Burana que nous travaillons en chorale tous les dimanches soir, c’est un projet avec plusieurs chorales et un orchestre de 60 musiciens, qui est en train de se créer qui travaillera avec nous. Il est composé de professeurs d’instruments et d’élèves de niveau supérieur du conservatoire.Il y aura plusieurs chorales, nous serons une centaine à chanter, il y aura aussi un choeur d’enfants. 

Les Carmina Burana ont  été mis en musique à partir d’écrits médiévaux conservés dans un monastère en Allemagne.

Il y a plusieurs poèmes, sur la nature, la fortune, les saisons, des chansons à boire et même érotiques. Le livret contient donc des textes en latinmoyen haut allemand (Mittelhochdeutsch) et très vieux français. Les sujets, profanes, dont il traite sont nombreux et universels : la fluctuation constante de la fortune et de la richesse, la nature éphémère de la vie, la joie apportée par le retour du printemps, les plaisirs de l’alcool, la chair, le jeu, la luxure, etc. et aussi en latin.  

Publié 8 février 2014 par korriganebleue35 dans Musique, Vie quotidienne

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Verdi au programme……


Un choeur extrait de l’opéra  Nabucco de Verdi qui n’est pas aussi connu que celui des esclaves que nous chanterons aussi, mais nous, contrairement à la vidéo de You Tube que vous voyez ici où ils chantent accompagnés par le piano ce sera avec orchestre symphonique…Nous aurons une basse vraiment très timbrée et ce sera du plus bel effet. Nous avons plusieurs nouvelles recrues dans la chorale symphonique, nous sommes donc une centaine, et nous nous répartissons maintenant en six pupitres (deux de soprano, d’alto, de ténors et basses ). Nous avons donc accès à un répertoire plus pointu puisque nous sommes plus nombreux, et plus difficile puisqu’il y a de nombreux lecteurs de musique . Pour avancer plus rapidement nous avons maintenant un chef par pupitre, qui est chargé de faire répéter une heure avant la répétition chaque pupitre. Une semaine les alti, l’autre les ténors, l’autre les basses. Nous venons à 19 heures, nous chantons une heure en pupitre, puis nous faisons une pause dîner sandwich une demi-heure, puis répétition chorale entière avec notre pianiste accompagnatrice qui est une professionnelle est professeur de piano, et donne aussi quelques concerts. Chaque pupitre a son chef qui est du pupitre en question et il est ainsi possible de faire du travail de fond, et puis le chef de pupitre peut nous montrer et nous faire chanter trois par trois pour nous assurer..Nous aurons un week-end entier de travail au mois de novembre, de la technique vocale avec une personne de l’opéra, six concerts sont prévus cette année….Plusieurs airs de Verdi sont prévus en sus du Stabat Mater de Rossini. Nous donnons vraiment dans le bel canto. 

Publié 21 septembre 2013 par korriganebleue35 dans Musique

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Répétition avec orchestre symphonique ce matin….


ChoraleThabor-GounodV2

Un rituel auquel nous n’échappons guère avant les concerts est la

répétition avec l’orchestre…Nous avons donc répété ce matin. Il faut

en effet plusieurs répétitions pour que s’ajustent le choeur et l’orchestre,

l’orchestre et les solistes, car il faut accompagner les chanteurs

sans les écraser et souligner délicatement les passages de bravoure

en ralentissant légèrement le rythme. Il y a aussi des alternances

choeurs solistes, comme vous le voyez ici dans le gloria de la messe

solennelle de Sainte Cécile que nous donnerons à notre prochain concert

en vidéo ci-dessus…Ce qui est difficile aussi c’est de s’adapter

à l’acoustique de la salle, ici une église moderne qui tient plus du garage

à tracteurs et question acoustique c’est pas top.Il y a aussi le son

de l’orchestre auquel il faut s’habituer car nous répétons d’habitude

avec une pianiste qui joue une réduction de la partition orchestrale ;

il s’agit donc de repérer l’instrument qui va plus ou moins nous donner

les notes avant nos entrées. Pour les soprano j’ai de la chance, c’est

souvent les premiers (pour les soprano 1, donc moi) ou deuxièmes violons

(pour les soprano 2, vous aviez deviné…). Normalement c’est pour nous

pas trop compliqué car pour travailler les enchaînements il nous arrive de

faire les solistes chacun à son tour. Pour ça il faut être très assidu aux

répétitions et ne pas en louper sauf si on est malade.Il est aussi vivement

recommandé de l’écouter si on a un enregistrement et de travailler au

piano les passages délicats si on en a un à disposition…

 

La difficulté de cette messe ce sont certaines harmonies que l’on a

pas l’habitude d’entendre et le fait que ce soit dans plusieurs parties

à six voix, des pupitres sont donc divisés en deux, et la partie que

l’on fait bouche fermée au-dessous du gloria de la soprano solo

(dans l’extrait you tube ils trichent car ils ouvrent la bouche, sur

la partition il y a marqué lèvres closes…). Si les choristes sont à

peu près ponctuels, ce n’est pas toujours le cas des instrumentistes

dont l’arrivée s’échelonne ce qui fait que nous faisons toujours un

peu d’échauffement vocal pour commencer. Ils sont nombreux,

certains ont des instruments encombrants à installer, la harpe

par exemple, ou les percussions…

 

Si la première partie du concert était facile à répéter,car dirigée

par Benoît, notre chef habituel, il a fallu remettre l’ouvrage sur le

métier pour la deuxième partie car nous étions dirigés par Philippe,

le chef de l’orchestre qui voulait que nous chantions de mémoire alors

que notre chef nous autorise à lire nos partitions (l’idéal étant de

la savoir presque de tête et de lire un peu avant ce que l’on va

chanter pour anticiper et respirer au bon moment). De plus Philippe

ne donne que les départs des instruments, et pas toujours, il bat

la mesure d’une main et nous fait les signes pour les nuances de

l’autre (plus fort, moins fort, allant, plus triste, plus gai…).Une

autre difficulté était de prendre des repères sur la partition car

il y a pour eux des lettres repères mais pas pour celle des choristes…

Nous y avons donc passé un certain temps et nous avons fini à 13

heures au lieu de 12 H 30 en ayant commencé à  10 H 00…

Mon estomac commençait à crier « famine! » car il ne faut pas beaucoup

manger avant les répétitions pour pouvoir faire jouer le diaphragme

sur les vocalises, si on ne veut pas avoir de la bouillie…Dieu merci

il faisait beau, nous avons sûrement bien chanté car le temps est gris

mais pas de pluie…Nous aurons donc encore deux répétitions dont une

avec orchestre, puis la générale.C’est le prix à payer si l’on veut que

le public effeuille les marguerites en tombant sur passionnément et

pour faire de la vraie musique sacrée et non de la sacrée musique…

Cet après-midi repos et sieste car demain c’est la messe des Rameaux

et la semaine Sainte qui commence et tous les soirs je chante : lundi

répétition cathédrale, mardi Chorale en ville pour le concert ci-dessus,

mercredi messe chrismale, jeudi saint messe, vendredi saint messe,

vigile pascale de 21 H 00 à 2 H 00 le lendemain matin, puis à 9 h 30

la messe du Saint jour de Pâques… Tout cela présidé par l’Archevêque

donc c’est toujours un peu long car ses sermons prennent du temps…

Je vais essayer de travailler un peu le piano aussi…

 

Un orchestre recyclé…..


http://fr.gloria.tv/?media=373755

Un orchestre recyclé… A voir absolument en cliquant sur le lien….

Publié 18 janvier 2013 par korriganebleue35 dans Divertissements, Insolite

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Hommage aux victimes des guerres….Jehan Alain et Charles Péguy….


 JA 137 – Prière pour nous autres charnels, pour ténor, basse et orgue [1938] 1938 – 27 ans – 21 opus 

 

Jehan Alain a été considéré comme l’un des compositeurs les

plus talentueux des années 1930 . Cette promesse a été terminée

quand il est tombé dans les premiers jours de l’invasion

allemande de la France en 1940, à la défense de Saumur.

Il est facile, mais toujours aussi troublant, de parler chez

Jehan Alain de ces œuvres prémonitoires sur sa tragique

destinée. On pense à la bouleversante « Prière pour nous autres

Charnels » écrite en 1938 sur un texte de Charles Péguy, lui-même

mort lors de la première guerre mondiale : « Heureux ceux qui sont

morts pour la terre charnelle / Mais pourvu que ce fût pour une juste

guerre… » On pense aussi et surtout à cette deuxième des Trois

Danses pour orgue, Deuil, sous-titrée par Jehan lui-même « Danse

funèbre pour honorer une mémoire héroïque« . On retrouve un peu

les mêmes prémices intrigantes chez Mahler

Musique d’Alain est post-debussyste, avec une utilisation très

personnelle des anciens modes et des rythmes libres. Comme

Messiaen, il a été attiré sur les sujets mystiques. Cette belle

prière, dont le titre signifie « Prière pour nous autres charnels »,

a été écrit à l’origine pour deux chanteurs et orgue. C’est une

touchante réglage extrêmement sensible, et le déplacement

d’un texte de Charles Péguy. Quelques mois après avoir appris

la mort d’Alain sur la face avant Dutilleux a écrit une version

lumineuse d’orchestre de la partie d’orgue.

TEXTE : extrait de Charles Péguy,strophes 1 2 3 7 14 17

Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fût pour une juste guerre.

Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.


Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles

Couchés dessus le sol à la face de Dieu.


Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu


Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles


Car elles sont le corps de la cité de Dieu

Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,


Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

 

Car elles sont l’image et le commencement


Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.


Heureux ceux qui sont morts car ils sont revenus


Dans la demeure antique et la vieille maison

Ils sont redescendus dans la jeune saison


D’où Dieu les suscita misérables et nus.

Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés

Dans ce premier terreau nourri de leur dépouille


Dans ce premier caveau, dans la tourbe et la houille.


Heureux les grands vaincus, les rois désabusés.

 

Musique Jehan Alain

La vie et la personnalité des musiciens sont parfois assez rébarbatives

et peu liées à leur musique. Mais Jehan Alain eu une vie intense et pleine, aussi

brève fut-elle, et sa musique est le reflet direct de sa personnalité riche en contrastes,

sachant allier joie, poésie délicate, humour et gravité profonde.

Il ne fait peu de doute que si Jehan Alain avait survécu à la seconde guerre mondiale,

son génie aurait éclaté au vingtième siècle comme l’une des personnalités musicales

incontournables et marquantes, à l’instar d’un Olivier Messiaen. Il est tentant de faire la

comparaison entre ces deux hommes, dont l’un tomba à la guerre, et l’autre la traversa

en tant que prisonnier. Deux musiciens, organistes, français et chrétiens, mais dont la

musique n’ont rien de deux sœurs jumelles. Deux personnalités uniques, deux mondes

sonores authentiques et sincères.

Il y a un adjectif qui revient souvent lorsque l’on parle de la musique de Jehan Alain :

attachante. Attachante car cette musique parle droit au cœur.

Elle ne cherche pas forcément à être belle, même si elle l’est souvent. Elle cherche à dresser

un monde sonore en quelques notes avec une sensibilité à fleur de peau. Elle ne ressemble à

aucune autre musique d’aucun autre compositeur, elle est l’unique expression d’une âme

musicale authentiquement belle. On sera charmé au début par telle jolie mélodie et agacé

par telle dissonance, on sera surpris par telle farce humoristique et touché par tel

recueillement sincère, impressionné par telle féerie rythmique et déconcerté par tel paysage

désolé.

Malgré tout ce qui le retenait sur terre, sa femme, ses trois enfants, sa musique, Jehan était

prêt au don de soi-même et de sa vie. Jusqu’à la dernière minute, par amour de la France et

de la lutte, Jehan a refusé de se rendre. Et s’il avait réussi à échapper à l’ennemi ce jour de

juin 1940, il aurait fallu un miracle pour qu’il traverse la guerre sans être touché. On

l’imagine volontiers prisonnier essayant de s’enfuir à tout prix, membre actif de la

Résistance ou alors soldat des forces françaises libres, mais mal attendre « tranquillement »

la fin de la guerre en essayant avant tout de survivre.

 

Malgré une vie courte, Jehan Alain laisse une œuvre abondante : plus d’une centaine d’opus.

Et si ces pages sont souvent de courtes pièces finement esquissées, on trouve, à l’image de ses

Trois Danses pour orgue, quelques œuvres monumentales qui figurent parmi les chefs-

d’œuvre musicaux du siècle et qui ne laissent pas la musique de Jehan à l’état de simple

promesse comme certains le croient.

Après la guerre, sa sœur, la célèbre organiste Marie-Claire Alain, a contribué à maintenir

vivante sa mémoire en défendant sa musique d’orgue.

Vers la fin du XXe siècle, où les compositeurs qui n’ont pas adopté la méthode sérielle de

composition cessé d’être traités comme des questions secondaires pertinentes histoire de la

musique, Alain (1911-1940) rejoint ses proches contemporains Olivier Messiaen (1908-1992)

et Henri Dutilleux (né en 1916) dans une marée montante de l’estime, et sa musique a été

reconnue comme occupant une position intermédiaire entre ces deux compositeurs

dans les années 1930.

 

PRIERE POUR NOUS AUTRES CHARNELS

CHARLES PEGUY – EVE (1913)

Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fut dans une juste guerre.

Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.

Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

   

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,

Couchés dessus le sol, à la face de Dieu.

Heureux ceux qui sont morts dans un dernier haut lieu,

Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

   

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,

Car elles sont le corps de la cité de Dieu.

Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,

Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

   

Car elles sont l’image et le commencement

Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.

Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,

Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu.

    

Car cet aveu d’honneur est le commencement

Et le premier essai d’un éternel aveu.

Heureux ceux qui sont morts dans cet écrasement,

Dans l’accomplissement de ce terrestre voeu.

   

Car ce vœu de la terre est ce commencement

Et le premier essai d’une fidélité.

Heureux ceux qui sont morts dans ce couronnement

Et cette obéissance et cette humilité.

    

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première argile et la première terre.

Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.

Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.

    

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première terre et l’argile plastique.

Heureux ceux qui sont morts dans une guerre antique.

Heureux les vases purs, et les rois couronnés.

    

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première terre et dans la discipline,

Ils sont redevenus la pauvre figuline.

Ils sont redevenus des vases façonnés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans leur première forme et fidèle figure.

Ils sont redevenus ces objets de nature

Que le pouce d’un Dieu lui-même a façonnés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans la première terre et la première argile.

Ils se sont remoulés dans le moule fragile

D’où le pouce d’un Dieu les avait démoulés.

   

Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés

Dans la première terre et le premier limon.

Ils sont redescendus dans le premier sillon

D’où le pouce de Dieu les avait défournés.

   

Heureux ceux qui sont morts car ils sont retournés

Dans ce même limon d’où Dieu les réveilla.

Ils se sont rendormis dans cet alléluia

Qu’ils avaient désappris devant que d’être nés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont revenus

Dans la demeure antique et la vieille maison.

Ils sont redescendus dans la jeune saison

D’où Dieu les suscita misérables et nus.

    

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans cette grasse argile où Dieu les modela,

Et dans ce réservoir d’où Dieu les appela.

Heureux les grands vaincus, les rois découronnés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans ce premier terroir d’où Dieu les révoqua,

Et dans ce reposoir d’où Dieu les convoqua.

Heureux les grands vaincus, les rois dépossédés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans cette grasse terre où Dieu les façonna.

Ils se sont recouchés dedans ce hosanna

Qu’ils avaient désappris devant que d’être nés.

   

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés

Dans ce premier terreau nourri de leur dépouille,

Dans ce premier caveau, dans la tourbe et la houille.

Heureux les grands vaincus, les rois désabusés.

    

 Heureux les grands vainqueurs. Paix aux hommes de guerre.

Qu’ils soient ensevelis dans un dernier silence.

Que Dieu mette avec eux dans la juste balance

Un peu de ce terreau d’ordure et de poussière.

    

Que Dieu mette avec eux dans le juste plateau

Ce qu’ils ont tant aimé, quelques grammes de terre.

Un peu de cette vigne, un peu de ce coteau,

Un peu de ce ravin sauvage et solitaire.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.

Vous les voyez couchés parmi les nations.

Que Dieu ménage un peu ces êtres débattus,

Ces cœurs pleins de tristesse et d’hésitations.

   

 Et voici le gibier traqué dans les battues,

Les aigles abattus et les lièvres levés.

Que Dieu ménage un peu ces cœurs tant éprouvés,

Ces torses déviés, ces nuques rebattues. 

   

Que Dieu ménage un peu ces êtres combattus,

Qu’il rappelle sa grâce et sa miséricorde.

Qu’il considère un peu ce sac et cette corde

Et ces poignets liés et ces reins courbatus.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.

Qu’ils ne soient pas pesés comme Dieu pèse un ange.

Que Dieu mette avec eux un peu de cette fange

Qu’ils étaient en principe et sont redevenus.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.

Qu’ils ne soient pas pesés comme on pèse un démon.

Que Dieu mette avec eux un peu de ce limon

Qu’ils étaient en principe et sont redevenus.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant battus.

Qu’ils ne soient pas pesés comme on pèse un esprit.

Qu’ils soient plutôt jugés comme on juge un proscrit

Qui rentre en se cachant par des chemins perdus.

     

Mère voici vos fils et leur immense armée.

Qu’ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.

Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre

Qui les a tant perdus et qu’ils ont tant aimée.

    

Mère voici vos fils qui se sont tant perdus.

Qu’ils ne soient pas jugés sur une basse intrigue.

Qu’ils soient réintégrés comme l’enfant prodigue.

Qu’ils viennent s’écrouler entre deux bras tendus.

    

Qu’ils ne soient pas jugés comme un pauvre commis

A qui Dieu redemande un compte capital.

Qu’ils ne soient pas taxés comme un peuple soumis

A qui César demande un règlement total.

    

Qu’ils soient réhonorés comme de nobles fils.

Qu’ils soient réinstallés dans la noble maison.

Et dans les champs de blés et les champs de maïs.

Et qu’ils soient replacés dans la droite raison.

    

Et qu’ils soient reposés dans leur jeune saison.

Et qu’ils soient rétablis dans leur jeune printemps.

Et que sur leur épaule une blanche toison

Les refasse pasteurs de troupeaux importants.

    

Et qu’ils soient replacés dans le premier village.

Et qu’ils soient reposés dans l’antique chaumière.

Et qu’ils soient restaurés dans la splendeur première.

Et qu’ils soient remontés dans leur premier âge.

    

Car ce qui se remet n’est jamais bien remis,

Et tout se compromet par un ajournement.

Mais ce qui se démet est toujours bien démis,

Et rien ne se refait par un retournement.

    

Et ce qui se promet n’est jamais bien promis,

Mais ce qui se refuse est vraiment révolu.

Et ce qui si permet n’est jamais bien permis,

Mais ce qui se défend est vraiment défendu.

   

Ce qui se compromet est toujours compromis.

Mais ce qui reste pur n’est jamais assuré.

Car ce qui se commet n’est jamais bien commis.

Mais ce qui se trahit est toujours bien livré.

   

Car ce qui se soumet n’est jamais bien soumis.

Mais ce qui se révolte est vraiment révolté.

Car ce que l’on admet n’est jamais bien admis.

Mais ce que l’on rejette est vraiment rejeté.

    

Car tout se dilapide et rien ne se recouvre.

Tout se déconsidère et rien ne se reprend.

Et la vie et la mort et le chaume et le Louvre.

Et rien ne se remonte et tout se redescend.

   

Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs.

Qu’ils ne soient pas pesés dans le spirituel.

Qu’ils ne soient pas comptés dans le perpétuel.

Que Dieu mette avec eux la rocaille et les murs

    

Et ce maigre buisson qui bornait leur destin.

Qu’ils ne soient pas jugés dans leur rigueur première.

Qu’ils ne soient pas jugés dans la dure lumière.

Qu’ils ne soient pas jugés dans le premier matin.

   

Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs.

Qu’ils ne soient pas pesés dans un juste plateau.

Qu’ils soient comme la treille et comme les blés mûrs

Qui ne sont point pesés sur le flanc du coteau.

    

Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs.

Qu’ils soient ensevelis dans l’ombre et le silence.

Qu’ils ne soient pas jetés misérables et durs

Dans le creux du plateau d’une juste balance.

    

Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs.

Qu’ils ne soient pas pesés dans l’immatériel.

Qu’il soit compté qu’ils ont un sang artériel

Et des raisonnements lamentables et sûrs.

    

Qu’ils ne soient pas pesés par les poids éternels.

Qu’ils ne soient pas jugés sur une basse brigue.

Qu’ils soient réembrassés, comme l’enfant prodigue

Rentre, et se précipite aux genoux paternels.

    

Mère voici vos fils faibles et saugrenus.

Qu’ils ne soient point jugés sur leur basse fatigue.

Qu’ils soient réinvoqués comme l’enfant prodigue

Rentre et sait se glisser par des chemins connus.

    

Qu’ils ne soient pas jugés sur une basse ligue.

Qu’ils ne soient pas livrés aux mains de l’ennemi.

Qu’ils soient réentourés comme l’enfant prodigue

Reconnaît la pelouse et le perron ami. 

   

Que Dieu leur soit clément et que Dieu leur pardonne

Pour avoir tant aimé la terre périssable.

C’est qu’ils en étaient faits. Cette boue et ce sable,

C’est là leur origine et leur pauvre couronne.

   

C’est le sang de l’artère et le sang de la veine.

Et le sang de ce cœur qui ne bat déjà plus.

C’est le sang du désir et le sang de la peine.

Et le sang du regret des âges révolus.

    

Que Dieu leur soit clément et que Dieu leur pardonne

Pour avoir tant aimé la terre périssable.

Ils en étaient venus. Cette boue et ce sable,

C’est là leur pied d’argile et leur pauvre couronne.

   

C’est le sang de l’artère et le sang de la veine

Et le sang de ce cœur qui ne bat que pour vous.

C’est le sang du regret et le sang de la peine

Et le sang de ce cœur qui s’amortit en nous.

    

C’est le sang de la honte et le sang de la peine

Et le sang de l’aorte et c’est le sang du cœur.

C’est le sang de l’amour et le sang de la haine

Et le sang du vaincu sur les mains du vainqueur.

     

C’est le sang de l’orgueil et le sang de la peine

Et de la veine porte et c’est le sang du cœur.

Et de la veine cave et le sang de la haine

Et les taches de sang sur les bras du vainqueur.

   

Et c’est aussi le sang d’une pauvre colère

Qui se soulève en vain dans un si pauvre cœur.

Et c’est aussi le sang d’une pauvre misère

Qui se révolte en vain sous le poing du vainqueur.

   

C’est le sang du martyr et le sang de César.

C’est le sang du martyr et le sang du bourreau.

C’est le sang qui dégoutte au fond du tombereau.

Le sang de la victime exposée au bazar.

    

C’est le sang de la messe et le sang du calice

Et le sang du martyr sur les bras du bourreau,

Et le sang qui s’écaille au fond du tombereau,

Et le sang qui jaillit aux pointes du cilice.

    

Et c’est le sang joué dans les jeux de hasard.

Et l’honneur exposé dans les jeux d’aventure.

Et la race jouée aux jeux de forfaiture.

Et le bonheur joué dans ce morne alcazar.

    

Et c’est le forcement de cet homme hagard.

Et les bourreaux lâchés dans la plaine et les bois.

Et le dérèglement de cette pauvre voix.

Et le désœuvrement de ce pauvre regard.

   

Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre

Qu’ils étaient en principe et sont redevenus.

C’est le sang de la veine et le sang de l’artère

Et le sang de ces corps misérables et nus.

   

Seigneur qui les avez pétris de cette terre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terriens.

Vous les avez rivés sur la lourde galère.

Ne vous étonnez pas qu’ils soient galériens.

    

Seigneur qui les avez nourris de cette terre,

Ne vous étonnez pas que cette nourriture

Les ait faits cette race ingrate et solitaire,

De petite noblesse et de pauvre nature.

    

Seigneur qui les avez formés de cette terre,

Ne soyez pas surpris qu’ils soient trouvés informes,

Et bossus et bancals et sournois et difformes,

Et mauvaise nature et mauvais caractère.

    

Seigneur qui les avez nourris de cette terre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés parjures,

Et que cette origine et que ces nourritures

En aient fait cette race obscure et réfractaire.

    

Seigneur qui les avez pétris de cette terre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terrestres.

Vous avez jalonné la voie héréditaire.

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés pédestres.

    

Seigneur qui les avez nourris de cette terre,

Ne vous étonnez pas que cette nourriture

En fait cette race agreste et solitaire,

De petite noblesse et de grande roture.

   

Seigneur qui les avez pétris de cette terre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terreux,

Vous les avez pétris de vase et de poussière,

Ne vous étonnez pas qu’ils marchent poussiéreux.

   

Seigneur qui les avez frappés de votre foudre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés peureux.

Vous les avez fait sortir de cette poudre,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés poudreux.

    

Vous les avez pétris de cette humble matière,

Ne vous étonnez pas qu’ils soient faibles et creux.

Vous les avez pétris de cette humble misère.

Ne soyez pas surpris qu’ils soient des miséreux.

     

Vous qui les avez faits d’une argile grossière,

Ne soyez pas surpris qu’ils soient trouvés lépreux.

Et vous qui les avez livrés aux vers de terre,

Ne soyez pas surpris qu’ils soient trouvés véreux.

J’ai mis en rouge les strophes reprises par Jehan Alain.Les hommes

ont chanté ce poème ce matin à la messe commémorative de

l’Armistice de 1918. Chacun a un des siens mort pour la France et

c’était ma façon de leur rendre hommage…. 

Le plus grand baryton au pays des anges….



Avec Dietrich Fischer-Dieskau disparaît une voix unique qui a marqué le répertoire

classique du XXe siècle.Si tant est qu’il fût un paradis pour les chanteurs, c’est là qu’il

se trouve….Lui qui n’avait pas besoin de faire de « Grimaces et singeries » pour mettre

la musique en valeur, il était un canal tout simplement composé par la mélodie et le texte

qu’il avait profondément intériorisé. Il lisait la partition, mais entre ses lignes, comme

si le compositeur s’était adressé à lui pendant son sommeil pour lui dire ce qu’il voulait.

Le privilège des plus grands. Une fois que l’on a écouté Schubert ou Schumann avec lui,

les autres semblent pâles…

Ce qui était unique, chez le baryton Dietrich Fischer-Dieskau, qui vient de mourir

le 18 mai à 87 ans, ce n’était pas son immense répertoire (du XVIIe siècle aux

compositeurs d’aujourd’hui), ni sa brillante technique (notamment sa voix mixte,

c’est-à-dire ce mélange de voix de tête et de voix de gorge, qu’il avait cultivé avec

un art consommé), ni même ce timbre soyeux qui le faisait identifier immédiatement,

non : ce qui était unique, c’est qu’il était un chanteur intelligent. Il ne vendait pas sa

voix, mais un texte et une musique, qu’il avait compris jusque dans les plus infimes

détails, dans les profondeurs les plus inexplorées, les allusions les plus fines.

Il savait où il devait aller, comme un tragédien qui sait dans la scène

d’exposition ce que sera le dernier vers de la pièce. Le chef d’orchestre

Emmanuel Krivine, qui avoue tout devoir au grand baryton allemand,

dit en souriant : « Contrairement aux apparences, la musique se lit de

droite à gauche… » Comme on l’imagine, de tels lecteurs ne sont pas

légion le monde lyrique.

Dietrich Fischer-Dieskau, né Albert Dietrich Fischer von Dieskau à Berlin le 28 

mai 1925 et mort le 18 mai 2012 à Berg en Bavière1, est un baryton allemand,

également chef d’orchestre et musicologue.

Cet artiste lyrique du XXe siècle demeure l’un des plus grands interprètes de la

musique vocale. Sa carrière fut impressionnante entre toutes par sa durée, par

la quantité des œuvres enregistrées, et enfin par la qualité et la diversité des

répertoires abordés.

Fils d’Albert Fischer, pasteur et proviseur, le jeune berlinois est très tôt fasciné

par les textes poétiques de Goethe et Schiller qu’il déclame dans la cour de l’école.

Il vient dès l’âge de neuf ans à l’étude de la musique, par l’entremise de sa mère,

l’institutrice Dora von Dieskau, qui l’emmène aux concerts.

Ses capacités vocales naturelles l’amènent à développer un registre de baryton lyrique

capable des nuances les plus douces, malgré une attirance première pour les rôles de

Heldentenor (ténor héroïque). Il donne son premier concert avec le Voyage d’hiver (Winterreise),

cycle de lieder de Franz Schubert, sous le bombardement de 1942 qui dévaste Berlin. La

mezzo-soprano Christa Ludwig raconte que : « Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale,

le public allait aux récitals de Fischer-Dieskau pour prier et pleurer. »

Même s’il a chanté quelques airs d’opéra, sa carrière prend son essor lorqu’il

rencontre le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler en 1950 lors du festival de

Salzbourg :Furtwängler l’auditionne, il est subjugué par le jeune baryton. Ils

donnent ensemble, durant le festival de Salzbourg de 1951, les

Lieder eines fahrenden Gesellen (« Chants d’un compagnon errant ») de

Gustav Mahler.Le lied deviendra alors sa spécialité, qu’il chantait en faisant

passer  beaucoup d’émotion.

Dietrich Fischer-Dieskau connaissait plus de 1 500 lieder (par cœur, s’entend,

il chantait sans partition au concert…)— de Brahms, Schubert,

Schumann, Hugo Wolf, Gustav Mahler — et a chanté sous la direction des plus grands

chefs de son temps : Wilhelm Furtwängler, Ferenc Fricsay, Herbert von Karajan,

Otto Klemperer, Karl Böhm, Rudolf Kempe, Eugen Jochum, Georg Solti, George Szell,

Rafael Kubelik, Karl Richter, Leonard Bernstein. Il fut accompagné des pianistes

Wolfgang Sawallisch (qui l’a ensuite dirigé), Sviatoslav Richter, Alfred Brendel,

Murray Perahia ou Herta Klust. La plus longue collaboration fut avec l’anglais

Gerald Moore.(qui accompagna aussi Elisabeth Schwarzkopf). Tardivement, le jeune

Hartmut Höll lui permit de revisiter les répertoires qui firent sa notoriété et

d’explorer les œuvres de compositeurs plus confidentiels mais non moins

importants.

L’histoire de la musique enregistrée du XXe siècle a retenu son apport encyclopédique dans

le domaine du lied. Au sommet de sa carrière, il enregistra pour la Deutsche Grammophon

en 1968 l’intégrale des 600 lieder de Schubert. Puis ceux de Wolf, de Schumann, de Brahms,

de Liszt, avec un souci documentariste.

Professeur d’interprétation musicale à la Hochschule der Künste (« École supérieure

des arts ») de Berlin depuis 1983, il met fin à sa carrière de chanteur en décembre

1992, pour se consacrer à la direction d’orchestre et à la peinture.

Dietrich Fischer-Dieskau a proposé des interprétations marquantes, non seulement en

raison de son timbre vocal, reconnaissable entre tous, ou de son phrasé, ciselé quelle

que soit la langue chantée, mais surtout en raison de la clarté de sa lecture interprétative,

qu’il mettait toujours au service du compositeur et de la musique.Dans ses master-classes

il insistait beaucoup sur le contexte de composition, le poème…

 «L’important est de découvrir la musique à travers les musiciens, et non les musiciens

à travers la musique. »

« Le récital de Lieder procure des bonheurs uniques. Il vous oblige à plonger au cœur de

la poésie, à situer les textes dans un bain culturel, beaucoup plus intensément que dans

un opéra, soumis au metteur en scène… Avec les Lieder, vous restez votre propre

musicologue, chef, metteur-en-scène. Dans le cours d’un récital, vous devez quelquefois

incarner une vingtaine de personnages à la suite ; les habiter d’entrée de jeu. Pour

aborder l’opéra, l’interprète de Lieder disposera donc d’une vaste palette de nuances.

En retour, l’opéra forge la résistance physique par la maîtrise des fortissimo, qui

enrichissent son fonds de commerce. »

Un chanteur non pas viril, mais masculin

Cette intelligence aiguë – multipliée par ce don du ciel qui s’appelle une belle voix – a

donc réalisé des prodiges ; et ces prodiges l’ont rendu fort : il était un des rares exemples,

avec Fritz Wunderlich et quelques autres, à être un chanteur non pas viril, mais masculin.

Puissant, et non capricieux, naturellement meneur, et non pas despotique, c’est-à-dire

exigeant, impérieux – même avec Sviatoslav Richter, qui n’était pas précisément un

mollasson.

Ensemble, ils ont laissé un enregistrement de concert (récital Schubert, Salzbourg,

1977, publié par Orfeo), qui reste un des plus beaux disques de chant jamais réalisés.

Il avait écrit des livres, de vrais livres (sur Schumann, Schubert, Wagner et Nietzsche).

Il peignait aussi, moins bien que Schoenberg, mais quand même. Il lisait, il savait.

C’était un homme, un vrai…

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